Projet d’exposition 2015

 

L’exposition

 

Les temps de silences, c’est le titre d’une série d’œuvres sur papier exposée à la galerie L’espace contemporain, du 28 avril au 10 mai 2015.
J’y présente deux séries réalisées dans les techniques de l’estampe et de gaufrage.
Depuis 2008, j’ai présenté différentes séries de peintures dans des expositions de groupe. Les thèmes explorés, pour la plupart, se rattachent aux relations humaines et se présentent de façon abstraite. J’explore ces thèmes dans les séries Empreintes et liens, Fragments et fragilités et Signes de mémoires.

 

Le projet 2014-2015

 

Le thème du silence, pour une exposition solo, s’est imposé pour faire une suite à ces différentes séries. Je présente une exposition intimiste, un monde de l’instant, un monde de blanc.
Le silence me rejoint en termes de vide ou de plein, d’absence ou de présence, de proximité ou d’éloignement, de temps et de durée.
Mon point de départ : À quoi se réfère-t-on quand on parle du silence? Comment exprime-t-on le silence en art : en peinture, en poésie, en musique, en littérature, dans les communications interpersonnelles? Par quelle couleur le représente-t-on? Quelle est sa symbolique?

 

La recherche

 

Ne sachant quelle orientation donner à mon travail, je suis allée selon l’inspiration du moment. Lors de promenades dans mon environnement, j’ai photographié des lieux où aucune présence humaine ne se manifestait : une cour d’école, une piscine extérieure, l’emplacement du théâtre de la Verdure, hors saison. Tous des lieux de vide.
Pour moi, le silence est d’abord un monde de blanc.
En parcourant différentes recherches, j’ai trouvé des sources d’inspiration à travers différentes expressions. J’en ai retenu quelques-unes que je pressentais être en lien avec mon projet.

 

Les arts visuels : la peinture

 

«Le blanc agit sur nous comme un silence, un rien avant tout commencement.»
Vassily Kandinski

Le Carré blanc sur fond blanc, une huile sur toile peinte en 1918 de Kasimir Malevitch, est considéré comme le premier monochrome de la peinture contemporaine. Dans ces œuvres, l’artiste associe le blanc à une quête spirituelle. Pour lui le blanc « agit sur notre âme comme le silence absolu».
Depuis 1998, Olivier Merijon a produit des toiles intitulées Whites, «le blanc est inaccessible, il se révèle, mais hors d’atteinte.»

 

La littérature

 

Avec le livre La demande de Michèle Desbordes, j’ai découvert à travers la communication relationnelle, un monde de silence.
Elizabeth Nicolini : « C’est un livre sans dialogue, sans noms, une histoire muette, où le silence unit une servante sans âge et un vieil homme. Michèle Desbordes écrit ce qu’ils ne se disent pas ou qu’ils semblent se dire, avec leurs yeux, avec leurs gestes, leurs attitudes.»
Louise Warren : «Si le propre de l’écrivain est d’entretenir le silence, le creuser, de l’habiter, la servante parle donc comme un écrivain, elle dont la parole continue le silence.»

 

La poésie

 

En poursuivant ma recherche, j’ai retrouvé l’univers de la poésie avec Louise Warren et Hélène Dorion où j’ai puisé les titres de mes œuvres.
Michel Butor : «Ce n’est pas seulement la situation culturelle de l’œuvre, mais tout le contexte dans lequel elle se présente à nous qui est transformé par le titre : la signification de cette organisation de formes et couleurs change tout au long de la compréhension parfois fort progressive de ces quelques mots. La composition la plus «abstraite» peut exiger que nous lisions son titre pour nous déployer toutes ses saveurs, toutes ses vertus.»

 

La musique

 

J’ai privilégié la musique d’Arvo Pärt et celle de John cage, une musique dite minimaliste, répétitive marquée par les silences.

 

La réalisation

 

J’ai réalisé la première série d’œuvres, en utilisant le geste avec peu d’éléments, j’ai intégré les thèmes mentionnés précédemment relatifs aux différentes formes de silence présentes dans nos vies.
J’ai construit ma première série de façon spontanée avec une sélection de couleurs minimalistes dont le blanc et le noir. Le choix des couleurs s’est fait de façon spontanée mais en gardant en tête ce que le thème m’inspirait. Par la suite, je me suis sentie confortée par la lecture du livre de Kandinsky, Du spirituel dans l’art, et dans la peinture en particulier, éditions Denoël, 1989. Les couleurs utilisées me semblaient justes pour le propos sur le silence.
Pour la deuxième série, j’ai fait des œuvres monochromes blanches avec la technique du gaufrage (la technique d’impression en reliefs a été faite sur un papier Somerset texturé).
Cette série a surtout été influencée par la musique d’Arvo Pärt, Spiegle im spiegle. Sa musique épurée par son écriture minimaliste donne une impression de simplicité.
C’est en écoutant le rythme du piano que j’ai découvert la structure de certains tableaux de cette série.

«Ici je suis seul avec le silence. J’ai découvert qu’il est assez quand une note simple est admirablement jouée. Cette une note, ou un battement silencieux, ou un moment de silence, me soulagent. Je travaille avec très peu d’éléments – d’une seule voix, avec deux voix. Je construis avec les matériaux les plus primitifs – avec la triade, avec une tonalité spécifique. Les trois notes de la triade sont comme des cloches. Et c’ est pourquoi je l’appelle tintinnabuli. »
Arvo Pärt

 

Les matériaux

 

Pour les explorations du chine-collé, j’ai utilisé le papier japonais blanc, Iwami.
Des empreintes ont servi de base aux dessins tracés avec les médiums comme le crayon et le bâton de graphite, le comté gris, le noir et le blanc, la sanguine
Je me suis servi e des encres à l’huile pour taille-douce pour les monotypes.
Les cartons pour gaufrage ont été préparés avec différents éléments dans le but de créer un relief.
Le tout a été imprimé sur le papier texturé Somerset.

 

Remerciements

 

Que ce soit de simples conversations autour du projet, la visite de lieux d’exposition d’artistes de mon entourage, tout ce projet d’exposition n’aurait pu s’actualiser sans l’aide stimulante de personnes tout au long de mon parcours.

Jacinthe Tétrault, par son professionnalisme, sa présence soutenue et rassurante, a su trouver des réponses adaptées et précises aux difficultés techniques rencontrées dans le processus de production.

Depuis 2010, Bibiana Vera est devenue une guide précieuse pour un coaching en perfectionnement sur les techniques et le développement d’une pratique individuelle en arts visuels.

Anil Ragubance de L’atelier circulaire a su, avec habilité, patience et rigueur, numériser toutes les œuvres.

Janet Blais, directrice de la galerie L’espace contemporain à Montréal, pour son appui de tous les instants dans la préparation et la réalisation de cette exposition.

 

Références

 

Parmi les références consultées, j’en ai retenues quelques-unes pour celles et ceux qui aimeraient poursuivre une réflexion sur le thème du silence.

1. Bergougnoux Solange, Au bout du pinceau.
http://observatoire-33.jimdo.com/une-s%C3%A9lection-d-articles/carte-blanche/le-blanc-dans-l-art/

2. Butor Michel, Les mots dans la peinture, Flammarion, 1969

3. Cage John, La notion de silence

http://mediatheque.ircam.fr/HOTES/SNM/ITPR13FORGTXT.html

« 4′33″ est un morceau composé par John Cage, souvent décrit comme « quatre minutes trente-trois secondes de silence »1,2 mais qui est en fait constitué de sons de l’environnement , que les auditeurs entendent lorsqu’il est interprété3». http://fr.wikipedia.org/wiki/4%E2%80%B233%E2%80%B3

4. Chen François, Vide et plein, Le langage pictural chinois, Éditions du Seuil, 1991

5. Desbordes Michèle, La demande, Verdier, 1998

6. Dorion Hélène, Cœurs comme livres d’amour, l’Hexagone, 2012

7. Dorion Hélène, Ravir : Les lieux, Éditions de la différence, 2005

8. Kandinsky Vassili, Du spirituel dans l’art, et dans la peinture en particulier, Denoël, 1989

9. Kovacs Katalin, Le silence comme présence : représentation du Vide dans la peinture de paysage chinois. http://cief.elte.hu/sites/default/files/article_kovacs_katalin.pdf

10. Le Breton David, Du silence, Éditions Métailié, 1997

11. Noelle- Neuman Elisabeth, La spirale du silence est une théorie sociologique et de science politique formulée par la sociologue  allemande en 1974. Elle s’intéresse à l’influence de l’opinion publique et des médias sur les choix des individus.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Spirale_du_silence

12. Pärt Arvo, Spiegel im Spiegel , (est un compositeur estonien de musique contemporaine vivant à Tallinn. Il est souvent associé au  mouvement de musique minimaliste qui s’est formé à partir des années 1960.)
http://fr.wikipedia.org/wiki/Arvo_P%C3%A4rt

13. Szilagyi IP, Significatif silence : le blanc typographique en écriture poétique. http://grupoinveshum733.ugr.es/pages/logosphere/numeros/logos5/logosphre-n5/szilagyi-ildiko/!

14. Warren Louise, Lenteur, Bleu de Delft : archives de solitude, Éditions Trait d’union, Montréal, 2001

15. Warren Louise, Une collection de lumières, Éditions Typo et Louise Warren, 2005